Le monde selon Macronicault - L’égalité des chances n’est pas une marchandise

Typography

Sous couvert d'une revalorisation de la filière professionnelle et avec une inquiétude certaine et justifiée tant il y a eu toutes ces années des écarts entre les objectifs fixés par toutes réformes concernant l'environnement éducatif et les faits, cette voie professionnelle vient d'être démantelée, crucifiée sur l'autel de la logique mortifère des budgets contraints.

Blanquer, Ministre de l'Education Nationale, a dévoilé son plan de destruction massive. L'enseignement technique agricole sera également engagé dans cette logique à très court terme et ce n'est pas la réunion avec les Ministres Pénicaud et Travers qui aura rassuré, ne serait ce qu'un tout petit petit peu!!! En effet, la stratégie du gouvernement est guidée par les politiques d’austérité qui ménagent seulement les plus riches. Lesquels n’ont que faire des services publics (pour leur santé, leur retraite, leurs enfants …) 

Selon les économistes attitrés de l’OCDE lessolutions au manque de ressources publiques s’articulent autour de 3axes:

  1. Faire payer les famillesqui ne rechignent pas pour l’avenir de leurs enfants. Les plus aisés qui constituent l’essentiel des députés de la majorité envoient leurs enfants dansles meilleures écoles dans le mondemais très rarement en apprentissage!
  2. Ouvrir le marché de la formation à desofficines privées de formations quise tiennent à l’affut pour débusquer de nouveaux marchés rentables par exemple dans les formes d’enseignement numérique et à distance. Selon le consultant américain « Research and markets », le marché global de l’éducation en ligne devrait connaître une croissance annuelle de 10,26% entre 2017 et 2023, passant de 159 à 287 milliards de dollars.
  3. Exigerque l’école serve plus efficacement l’alimentation du marché du travail en capital humain.Le discours sur les compétences vise que tous les forméssoient « employables » En réalité cette stratégie ne crée pas d’emplois supplémentaires, maisaugmente laconcurrence entre les travailleurs, ce qui tend à abaisser le coût salarial.

La CGT-Agri, le Sea-UNSA et le Snetap-FSU s'étaient déplacés début juillet sans illusion aucune, non pas pour prendre une leçon de communication bien huilée du projet de loi, mais pour ne rien lâcher, avec la volonté affichée de faire entendre la voix des personnels de l'Enseignement Agricole Public en général et celle des personnels CFAA publics en particulier.

Lors de la lecture définitive du projet de loi à l’assemblée nationale mercredi 01 août 2018, les députés progressistes proposeront une motion de rejet du texte de loi.Ils dénoncent la marchandisation de la formation et précisent: avec 170 amendements gouvernementaux, les concertations en cours, les missions lancées pendant l’examen du texte, l’amendement présidentiel, le recours à des ordonnances montrel’impréparation de ce texte. Cette proposition ne sera pas votée. L’essentiel des députés de la majorité envoient leurs enfants dans les meilleures écoles dans le mondemais très rarement en apprentissage….!

Le 4 août 2018, les sénateurs ont adopté la motion tendant à opposer la question préalable sur le projet de loi. Cette procéduresignifie que le Conseil Constitutionnel devra se prononcer sur la conformité de la loi. Cette décision sera connue le 4 septembre 2018. Dans son argumentaire la commission des affaires socialesdu sénat souligne notamment que la méthode retenue par le Gouvernement était très critiquable, en raison notamment de l’absence d’évaluation générale, publique et impartiale du système de formation et d’apprentissage actuel.

La CGT Agri avait dès la lecture du projet de loi dénoncé le caractère inique, le danger pour l’avenir des personnels, des centres de formation, des apprentis, stagiaires et élèves des établissement agricoles publics.

Sans attendrela décision des sages le 4 septembre, les personnels de l'enseignement agricole public seront de nouveau dans l’action à la rentrée pour continuer à exprimer leurs inquiétudes face aux conséquences de la réforme de l'apprentissage.

Les élèves, apprentis et stagiaires, public aux multiples facettes de ressources et de talents particuliers, font les frais de la logique d'une réforme, qui se voulait une revalorisation dela voie professionnelle, penséeet élaborée dans des bureaux sombres sans éclairage des réels besoins du terrain. Pas le droit d'être dupe avec les orientations affichées de ce gouvernement qui estune entreprise de destruction massive des missions de service publique.

Dans le projet de réforme donc, la part faite aux suppressions d'heures d'enseignement dans des matières telles que français, histoire-géographie, maths-sciences est belle et colle bien à la logique ultra libérale de ces gouvernants, mais tellement désastreuse pour la très grande majorité des élèves de cette filière issus des classes populaires.

L'apprentissage est présenté comme la solution à tous les problèmes tout en abandonnant les fondamentaux. Les futurs diplômés n'auraient plus besoin de savoirs mais devraient juste se contenter d'être des exécutants au service des seuls besoins et volontés du patronat, qui depuis des années, rêvait de cette situation. Cette réforme est rétrograde et va à l'encontre d'une scolarité de l'égalité des chances pour chacun-e. On accentue la fragilité de l'avenir de ce public en difficulté depuis, bien trop longtemps voire depuis le début de sa scolarité. Des laissés pour compte qui ont besoin de temps pour les apprentissages, d'être rassurés sur leurs capacités d réussir leur projet professionnel et personnel qui leur permettrait de trouver une place dans la société.